Lorsque le Ministère de la Santé et de l'Action sociale du Sénégal, avec le soutien de PMNCH à travers son initiative de Plan d'action collaboratif de plaidoyer (CAAP) menée par Amref Health West Africa, a réuni ses partenaires début avril, l'objectif était clair : combler une lacune persistante en faisant passer le plaidoyer pour la santé des femmes, des enfants et des adolescents d'efforts parallèles à une dynamique collective et institutionnalisée, dans le véritable esprit de partenariat. Cet objectif a largement été atteint à la fin de la journée, avec des engagements communs pour se réunir à nouveau rapidement et convenir d'un plan de travail conjoint.
La quatrième réunion du Comité technique national du Sénégal sur le plaidoyer, la communication et la mobilisation des ressources pour la santé des femmes, des enfants et des adolescents s'est tenue avec une volonté affirmée de marquer une étape significative dans le plaidoyer et de le rapprocher de son centre de gravité et d'influence.
Les enjeux dépassent largement le Sénégal et occupent aujourd'hui une place centrale dans les débats mondiaux et régionaux sur le financement de la santé et du développement. Ils sont d'autant plus pressants dans un contexte financier en mutation. La baisse des financements extérieurs, conjuguée au retrait anticipé de certains grands bailleurs, impose un constat : un défi majeur demeure le manque d'alignement entre les acteurs du plaidoyer, les partenaires et les donateurs.
Le modèle bien connu d'un plaidoyer fragmenté, porté par des acteurs concurrents et des voix dispersées, montre aujourd'hui ses limites. Si les ressources nationales doivent combler le déficit de financement croissant, le plaidoyer lui-même doit devenir plus stratégique et, surtout, plus unifié.
« La collaboration entre tous les secteurs dans la mobilisation des ressources pour la santé en général, et pour la santé des femmes, des enfants et des adolescents en particulier, est aujourd'hui à la fois une nécessité et la meilleure stratégie pour atteindre notre objectif commun. » Direction de la Santé de la Mère et de l'Enfant (DSME)
Ce qui rend ce moment particulièrement notable, c'est la présence autour de la table d'organisations et de coalitions clés, notamment UNICEF, Helen Keller International, 3 Cap Santé, MSI, Sightsavers, des leaders religieux, des organisations communautaires, ainsi que le positionnement actuel de la discussion. Le comité est désormais officiellement intégré au sein du Ministère de la Santé et de l'Action sociale, ancré dans la Direction de la Santé de la Mère et de l'Enfant (DSME), une évolution institutionnelle notable qui place le plaidoyer collectif au cœur même de l'institution chargée de planifier, budgétiser et fournir les services de santé.

Ce résultat découle d'un choix voulu. L'initiative CAAP de PMNCH met l'accent sur une meilleure coordination et un plaidoyer collectif, encourageant les partenaires à s'appuyer les uns sur les autres plutôt qu'à dupliquer leurs efforts. Les discussions sur les obstacles structurels qui entravent l'impact du plaidoyer deviennent plus franches, tout comme les engagements à accélérer les approches ayant fait leurs preuves et à analyser rapidement ce qui a échoué et pourquoi.
Certaines recommandations ont progressé, d'autres restent confrontées à des blocages récurrents. Mais plutôt que de les ignorer, les participants ont commencé à les examiner de manière critique : une approche qui reflète à la fois la maturité du processus et la prise de conscience des enjeux.
« Aujourd'hui, nous avons le devoir d'harmoniser nos interventions pour que la planification familiale ne soit plus une simple action isolée mais une synergie durable. Il nous faut mutualiser nos efforts pour transformer l'engagement des décideurs en un impact réel et pérenne pour toutes les communautés. » Raby Tall, 3 Cap Santé
Dans ce contexte, l'appel à élargir la table vise à accroître l'efficacité du plaidoyer collectif afin d'influencer ceux qui façonnent les budgets et les politiques, et qui déterminent comment les engagements se traduisent en améliorations concrètes des résultats de santé pour les populations.
Les participants ont également identifié avec clarté un acteur dont la présence est désormais indispensable : le Ministère des Finances et du Budget. Son inclusion reflète la reconnaissance que le plaidoyer ne peut réussir s'il s'arrête aux portes du secteur de la santé.
.jpeg?sfvrsn=86865d73_1)
Par ailleurs, un constat pragmatique s'est imposé : toutes les priorités ne peuvent être poursuivies avec la même intensité, au risque de diluer l'impact global. L'attention s'est donc portée sur l'identification d'un nombre limité de priorités, à la fois urgentes et réalisables.
Les discussions ont convergé vers un ensemble d'actions concrètes :
Renforcer et diversifier le financement domestique pour la santé des femmes, des enfants et des adolescents, notamment en augmentant sa part dans le budget national
Tirer parti de financements innovants, tels que les taxes affectées (tabac, alcool, télécommunications), renforcer les partenariats public-privé et impliquer davantage les collectivités locales
Améliorer l'impact, l'équité et la coordination des ressources existantes, notamment en réduisant la charge financière pour les ménages
Renforcer le plaidoyer pour la mobilisation des ressources nationales dans un contexte de baisse de l'aide extérieure, en particulier pour la planification familiale, à travers l'identification de priorités et l'élaboration d'un nouveau plan de plaidoyer
Élargir l'engagement des parties prenantes, notamment en renforçant le rôle des leaders religieux et en adaptant les messages de santé aux contextes locaux
Renforcer la demande de services comme levier essentiel d'utilisation et d'impact
Bien que ces enjeux ne soient pas nouveaux, l'intention est désormais de les aborder collectivement, avec des données partagées et des messages coordonnés, ce qui marque un changement d'approche par rapport aux pratiques passées : une évolution qui pourrait se révéler utile dans un contexte budgétaire contraint.
« Le contexte mondial a évolué, impactant tout le monde : gouvernements, ONG, OSC, bailleurs et surtout les communautés que nous servons. Et la meilleure stratégie pour y faire face reste un effort collectif à tous les niveaux. Il n'est plus possible d'avancer seul ; la collaboration est devenue la seule voie durable et efficace pour poursuivre le travail et obtenir les résultats que les femmes et les jeunes attendent depuis trop longtemps. » Solange Mbaye, Amref Health West Africa
Le travail à venir permettra de tester la capacité à maintenir cette dynamique de cohérence. Un atelier prochain visera à traduire les discussions en orientations concrètes, en produisant une feuille de route pour la mobilisation des ressources domestiques en faveur de la santé et du bien-être des femmes, des enfants et des adolescents au Sénégal. Cette prochaine étape permettra de clarifier les rôles, d'aligner les priorités et d'instaurer un mécanisme de redevabilité entre les acteurs.
La coordination à elle seule ne suffira pas à résoudre les défis du financement de la santé, ni au Sénégal ni dans la région. Les contraintes structurelles persistent et les pressions ne devraient pas diminuer à court terme. Toutefois, une prise de conscience croissante émerge : institutionnaliser le plaidoyer au sein des mécanismes gouvernementaux, porter la voix des femmes, des enfants et des adolescents dans les espaces où les décisions sont prises, et agir à travers une coalition mieux alignée peut progressivement élargir les marges de manœuvre, tant sur le plan politique que financier.
Dans de nombreux contextes, le progrès ne se manifeste pas toujours de manière évidente. Il se construit souvent discrètement, lorsque des acteurs clés, confrontés à des défis complexes, choisissent d'agir autrement.


